mercredi 31 mai 2017

Assemblée Générale CASA

Lettre aux Actionnaires de la CGT :

Mesdames, Messieurs les actionnaires,

Vous voilà aujourd’hui réunis pour décider du partage des fruits de vos placements financiers et des orientations à tenir pour continuer à les faire fructifier.

Pour notre part, nous intervenons ici en représentants des sociétaires et plus largement par extension en représentants des usagers et salariés des Caisses Régionales Mutuelles de Crédit Coopératif de Crédit Agricole.

Les résolutions qui vous sont proposées sont organisées en 8 thèmes : le premier vous concerne directement avec l’approbation des comptes et l’affectation des résultats, le troisième concerne la composition du conseil d’administration et les cinq derniers proposent d’objectiver plus fortement les dirigeants dans la course aux résultats et aux profits distribuables en les incluant toujours plus dans le cercle de cette redistribution in fine.

Vous conviendrez que de fait cette réunion est extrêmement centrée sur le partage des profits à l’étape ultime, entre les seuls actionnaires. Ce principe pourrait ne soulevait aucun questionnement si par ailleurs tous les agents économiques qui ont contribué à ces résultats étaient traités avec le même égard.

Mais le seul rapprochement du montant des bénéfices distribuables, à presque 16 milliards d’euros, au regard d’une augmentation annuelle des salaires de moins de 85 millions pour les 69 000 salariés des Caisses régionales, mérite que l’on reconsidère les discours de nos dirigeants invoquant l’impossibilité d’augmenter les salaires de ceux qui travaillent quotidiennement pour produire cette richesse bien concrète dont vous allez acter le partage. Et à cela s’ajoute le questionnement autour du comment est produite cette richesse que nous évoquerons plus tard. 

Souffrez donc notre appréciation légitime : il est pour nous honteux d’afficher de tels résultats aujourd’hui, alors que des familles vivent dans la précarité, que d’autres ne peuvent pas se loger, se nourrir, s’habiller, que les salariés croulent sous le travail jusqu’au syndrome d’épuisement professionnel et s’inquiètent de ne plus en avoir demain avec le développement de la banque digitale, des coopérations internes et des choix d’externalisation de certaines de nos activités.

D’autre part, noyé au milieu de l’unique sujet du bénéfice, le second thème doit attirer tout particulièrement votre attention. Il s’agit là pour vous de valider Euréka, nième opération de sauvetage de Crédit Agricole SA mais probablement pas la dernière. Outre les transferts financiers puisés dans les fonds propres des Caisse régionales, cette opération expose fortement les Caisses régionales aux risques assurance au travers de la Garantie Switch, contrairement à la sémantique rassurante utilisée pour évoquer ce sujet. 

Ce sujet nous amène à vous rappeler le sens de l’histoire.

123 ans se sont écoulés depuis la loi autorisant la création des Caisses Locales en 1894 sous statut de société de crédit coopératif. Les Caisses Régionales sont apparues en 1899 pour encourager la création de nouvelles caisses locales et les fédérer. Et c’est seulement en 1926 que l’office National du Crédit Agricole créé en 1920 prend l’appellation de Caisse Nationale de Crédit Agricole et devient un établissement public sous la tutelle du Ministère de l’Agriculture.

Durant quasiment 70 ans, cette structuration basée sur un maillage cantonal et des valeurs mutualistes de proximité voulait répondre à un objectif vertueux et a permis le développement du Crédit Agricole qu’il est sûrement indispensable de vous rappeler. Les valeurs du coopératif mutuel sont la solidarité entre ses membres, la démocratie (1 homme = 1 voix) avec un objectif de non lucrativité comme l’indique la mention de A-capitaliste dans les statuts du Crédit Agricole Mutuel coopératif A-capitaliste.

Il s’agit bien là du cœur du sujet qui vous est confié aujourd’hui dans cette assemblée.
Souvenez-vous : en 1988 la Caisse Nationale du Crédit Agricole Mutuel a été privatisée au profit des Caisses régionales. Cet évènement est le point de départ d’une course aux résultats légitimée par Maastricht et justifiée par la technostructure au service du capitalisme financier boucle dans chacune des agences, pour à la fois effrayer et motiver chacun des salariés : « dans le cadre de la mondialisation, face à une concurrence exacerbée et pour la pérennité de l’entreprise , nous devons doubler les résultats».

Tous ces efforts, toute cette confiance des sociétaires et usagers, tous ces sacrifices, ce travail des salariés pour amener cette grande, riche et belle entreprise aux mains de l’actionnariat en décembre 2001 à la veille du passage à l’euro.

Mesdames, Messieurs, vous conviendrez que nous avons mis entre vos mains une entreprise en bonne santé, riche en fonds propres, indépendante des marchés financiers, équilibrée, première en part de marché, utile à l’économie réelle et encore un peu Humainement responsable.
Qu’en avez-vous fait de cette belle entreprise ? La recherche constante et aveugle de la progression des profits réalisés par l’exploitation du travail des salariés, par la facturation plus large et plus forte des usagers les plus pauvres, par l’abus de confiance des administrateurs, des sociétaires, des usagers et des salariés, conduit à quoi ?

Vous avez validé des opérations spéculatives dans l’espoir de gagner plus, vous avez validé des opérations de développement externe avec des acquisitions hasardeuses, tout cela pour la douloureuse facture totale de 25 milliards à minima ! 25 milliards qui font défaut à l’économie réelle, aux financements des entreprises, à la création et au maintien des emplois, à l’augmentation des salaires, 25 milliards initialement acquis par le travail des salariés et des usagers.

Avec de telles opérations à votre actif, concepteurs et valideurs êtes mal placés selon nous pour parler de compétitivité et de coût du travail ! De toute évidence la gestion capitalistique de ces fonds, décidée par les technocrates dirigeants et validée par vous est bien l’unique responsable de ces pertes abyssales !! L’opération Euréka n’est qu’un pansement de plus pour couvrir les conséquences de cette dérive capitaliste du Crédit Agricole Mutuel.

Nous pensons urgent d’en finir avec une telle politique où l’antagonisme de classe est omniprésent au profit des possédants : votre classe.  Oui les intérêts des actionnaires ne sont pas ceux bien plus nombreux des sociétaires, usagers et salariés.

Nous préconisons à titre préventif, pour nous déposants, d’opérer une séparation des activités et d’envisager rapidement une renationalisation de l’organe central du Crédit Agricole, sous contrôle des pouvoirs publics, des sociétaires, usagers et salariés.


Prenez conscience, Mesdames, Messieurs, que vous ne vivrez pas heureux dans une société minée par la précarité et la misère, quelle que soit votre niveau de richesse. C’est au prix d’un juste partage que nous gagnerons une société apaisée.